Je me réveillai naturellement à 6h, le stress sûrement. Je voulus me rendormir vu qu'il me restait encore une heure de sommeil avant que mon réveil ne sonne, mais je me rendis compte que cela n'était pas possible. Je sortis du lit vers 6h15 pour me préparer. Au moins ca me laissait du temps pour me faire belle avant mon rendez vous avec Clarence.
Je décidai de mettre mon plus joli tailleur. Je laissai mes cheveux détachés, je paraissais ainsi plus féminine.
A 7h30 je partais de chez moi. D'habitude je m'en allais vers 8h mais j'étais déjà prête et tourner en rond dans mon salon me rendait folle. J'arrivai dans le hall à 8h30. Je décidai d'aller boire un café à l'espace détente avant d'aller retrouver Clarence dans son bureau à 9h. Il n'y avait encore personne à la machine. A peine ai-je retiré ma boisson que Clarence arriva à mon niveau.
« - Bonjour mademoiselle,
- Bonjour.
- Moi qui croyais que vous commenciez à 9h.
- C'est le cas mais là je suis un peu en avance en fait.
- Si ça ne vous dérange pas on peut commencer dès maintenant comme ça on sera libéré plus tôt.
- D'accord lui répondis-je en buvant mon café précipitamment.
- Ne vous dépêchez pas, vous allez vous brûler. (C'était déjà fait !) Prenez votre verre et venez dans mon bureau. »
Je la suivis. Elle avait une démarche très distinguée. Sa jupe mettait ses fesses en valeur. Je me ressaisis. J'étais honteuse, je me comportais comme un mec.
Arrivée dans son bureau elle me dit de prendre la chaise disposée en face et de venir m'assoir à côté d'elle. Nous travaillâmes assidument pendant des heures. Vers midi je regardai ma montre. Je devais prévenir mes amis de mon retard mais je n'en eus pas la possibilité. Les minutes passaient et je n'osais demander à Clarence de prendre ma pause repas ou du moins prévenir mes amis. J'avais envie de faire bonne impression et de jouer à celle qui peut travailler des heures sans compter. C'était d'ailleurs son cas. Vers 13h40 elle s'écria :
« - Je n'ai pas vu l'heure, la cantine va être fermée. Je suis vraiment désolée de vous avoir retenue si longtemps.
Si elle savait quel plaisir ce fut pour moi de partager ce moment avec elle.
- C'est passé vite. Moi non plus je ne m'en suis pas rendue compte, mentis-je.
- Je crois que je n'ai pas d'autres choix que de vous inviter à déjeuner dehors.
- Non mais c'est pas la peine, je vais me prendre un sandwich à la boulangerie du coin.
- Elle doit être fermée à cette heure là me répliqua t'elle d'un air satisfait. Et en plus je n'ai vraiment pas envie de manger seule. Vous refusez toujours de déjeuner avec moi? »
Que pouvais-je répondre à cela? J'étais vraiment trop contente mais je ne le montrai pas. On se posa dans une pizzeria à deux rues de notre bâtiment.
On s'installa en terrasse. Il n'y avait plus grand monde du fait de l'heure tardive de notre arrivée.
« Comme ça on sera vite servi » précisa t'elle.
Moi j'avais envie que ça dure. On était dans un cadre neutre. D'un côté j'étais terriblement stressée de me retrouver ici avec elle, d'un autre j'étais vraiment heureuse de passer ainsi un moment privilégié avec cette femme qui hantait mes pensées jours et nuits.
« - Vous désirez un apéritif mesdemoiselles? nous demanda le serveur
- Non merci lui répondis-je.
- Mais si on va en prendre un, laissez nous juste le temps de choisir s'il vous plait me contredit-elle.
Le serveur repartit.
- Je vous offre le repas et l'apéritif est compris dedans alors ne vous privez pas.
- C'est vraiment très gentil de votre part mais il ne faut pas vous sentir obligée.
- Je sais très bien ce que c'est d'être étudiant et de connaître des fins de mois difficiles. Je suis passée par là avant vous me précisa t'elle d'un ton compréhensif.
- C'est vrai que ce n'est pas évident, surtout que lorsque l'on est stagiaire dans des cabinets d'avocat, on est très rarement payé m'amusai-je.
- Parce que notre cabinet ne vous rémunère pas? C'est vraiment scandaleux. Je me souviens que mon ancien stagiaire percevait une faible indemnité mais c'était déjà ça.
- C'était peut être un stage dans le cadre de son master non ?
- Oui acquiesça t'elle.
- Ca doit certainement être pour ça. Mes camarades et moi-même n'avons pas cette chance.
- Raison de plus pour que je vous invite.
Le serveur nous interrompit.
« - Ces demoiselles auraient elle choisi leur apéritif ?
- Et bien, hésita t'elle.
- Je vais prendre un jus d'abricot s'il vous plait. Clarence me sourit. Elle se sentait gênée en croyant devoir demander au serveur un peu plus de temps.
- Je vais prendre la même chose ajouta t'elle. »
Le serveur arriva peu de temps après avec nos jus d'abricot tout frais.
« - Ca fait bien longtemps que j'en avais pas bu précisa t'elle.
- D'habitude vous devez plutôt boire du vin osai-je.
- Effectivement me dit-elle en souriant. C'est vrai que là j'ai l'impression de retourner en enfance.
Elle se rendit compte qu'elle m'avait un peu blessée alors elle repris :
- Non mais j'aime beaucoup. Oh excusez-moi, je m'embrouille. Je ne voulais vraiment pas vous blesser. C'est juste que vous êtes très jeune par rapport à moi.
- Non mais je ne suis pas blessée répliquai-je calmement voulant lui prouver qu'elle avait tord. Et je ne pense pas être beaucoup plus jeune que vous. Vous avez quel âge sans indiscrétion? me permis-je.
- De la part d'un homme j'aurais trouvé ça déplacé mais de la votre, cela ne me dérange pas du tout.
Je luis souris et elle me rendit mon sourire.
- J'ai 26 ans m'annonça t'elle.
- Nous n'avons que 5 ans d'écart ce n'est pas beaucoup.
- Effectivement.
- Vous pratiquez depuis longtemps ?
A ce moment là le serveur nous apporta nos consommations et nous proposa de passer notre commande.
- Je suis vraiment désolée, nous n'avons pas encore regardé. Coralie, vous avez une petite idée de ce que vous voulez ou il vous faut un peu de temps pour regarder le menu ?
- Non ça ira. Je voudrais une margarita s'il vous plait, dis-je au serveur.
- Et pour moi ce sera une salade César s'il vous plait.
- Je vous apporte ça tout de suite charmantes demoiselles. »
C'était le stéréotype du serveur italien dans une pizzeria. Le look, l'accent, le côté dragueur, tout y était.
Nous sirotions tout en discutant.
- Où on en était déjà? m'interrogea Clarence
- Je vous demandais depuis combien de temps vous exerciez.
- Ah oui c'est ça. Cela fera bientôt 2 ans.
- Ben dis donc, vous avez tout enchainé brillamment si je comprends bien! m'exclamai-je-je impressionnée.
- On peut dire ça comme ça oui s'exprima t'elle un peu gênée et flatter à la fois. J'ai eu de la chance.
- Je ne pense pas qu'il s'agisse de chance mais plutôt de talent. »
Si je continuais comme ça elle allait croire que je la draguais. J'avais des antécédents et donc je ne pouvais me permettre de poursuivre dans ma lancée de compliments.
Nos plats arrivèrent et je me sentis gênée d'avoir commandé une pizza alors que Clarence s'était contentée d'une salade. Je lui donnais l'image d'une fille qui ne faisait pas attention à sa ligne, contrairement à elle. Si je voulais la séduire ce n'était pas comme ça que je devais m'y prendre.
Elle mangeait avec appétit alors que moi je ne touchais que très peu à mon assiette.
« - Ce n'est pas bon s'inquiéta t'elle ?
- Non ce n'est pas ça du tout. Je n'ai juste plus trop d'appétit. Je suis vraiment désolée.
- Il n'y a vraiment pas de quoi. »
Je regrettais ce comportement que je trouvais stupide. Je ne voulais pas manger pour ne pas paraître trop gourmande mais en refusant de manger le repas que Clarence m'offrait je me montrais d'autant plus impolie. Le pire c'est que je mourais de faim et que j'avais très envie d'un tiramisu au dessert.
Je bus une gorgée de sirop et affirma à mon acolyte que l'appétit me revenait peu à peu. Je crois bien que je m'enfonçai mais elle n'avait pas l'air de me juger. Elle ne cessait de me sourire. Elle devait sentir que j'étais stressée. Alors elle me demanda quelque chose qui me fit immédiatement reprendre confiance en moi :
« - Si vous n'arrivez pas à finir votre pizza, je veux bien l'échanger contre ma salade. Elle me fait envie. »
J'acceptais sa proposition avec plaisir. Décidément cette femme était surprenante. Elle faisait tout pour me mettre à l'aise. J'avais l'impression qu'elle lisait en moi comme dans un livre ouvert.
« - Alors, vous êtes en troisième année de droit c'est ça ?
- Tout à fait.
- Et vous comptez faire un master de droit pénal l'année prochaine ?
- En fait je vais choisir le master de droit privé général pour ma première année et si je le peux je me spécialiserais en droit pénal en master 2. Il n'y a pas de master 1 de droit pénal dans ma fac.
- C'est une spécialisation passionnante vous verrez. Et soyez optimiste, si vous le désirez vraiment vous arriverez à rentrer en master 2.
- J'aimerais beaucoup
- En tout cas vous m'avez l'air bien motivé pour décider de travailler les quatre mois d'été alors que vous pourriez profiter tranquillement de vos vacances.
- C'est vrai. J'adore le droit pénal et je voulais voir si c'était vraiment la spécialisation qui me convenait avant de choisir mon master. J'hésite encore avec un master de droit social.
- C'est une bonne spécialisation aussi. Le droit des affaires ne t'a jamais attiré ?
Elle me tutoyait à nouveau. Mais cette fois-ci elle ne se reprit pas. Je ne me permettais pas cette même familiarité à son égard.
- Pas vraiment. Gagner beaucoup argent n'est pas mon but principal, c'est même accessoire.
- Mais qui t'as fait croire qu'être avocat au pénal ne rapportait pas? C'est vrai qu'il y a beaucoup de commis d'office mais on peut également très bien s'en sortir, je te l'affirme. »
J'apprenais ainsi que Clarence était de celles qui gagnaient très bien sa vie. Je n'avais presque plus de scrupules à me faire me payer mon repas. Je me permis de lui dire ce qui la fit rire.
Le serveur vint nous débarrasser et nous demanda si nous voulions prendre des desserts. J'attendais de voir si Clarence en prenait un avant d'en commander un. Elle me proposa de partager un tiramisu.
« - Volontiers, c'est mon dessert préféré affirmai-je
- Ca nous fait un autre point commun s'amusa-t-elle
- Un autre ?
- Bien oui, nous avons toutes deux une passion pour le droit pénal.
Je ne m'attendais pas à ça. Je m'imaginais qu'elle allait sortir un truc du style « on est toutes les deux de belles femmes ». En bref, je nageais en plein délire.
Le serveur arriva avec une part de gâteau qui paraissait très appétissant.
L'idée de manger dans la même assiette m'émoustillait un petit peu, je dois bien l'avouer.
Nous nous sommes rapprochées toute les deux de la table pour pouvoir déguster le dessert sans en faire tomber partout.
Nos regards se croisaient. Aucune de nous deux ne parla jusqu'à ce qu'il ne reste plus que l'équivalant d'une cuillère dans l'assiette.
« - Je vous la laisse lui dis-je poliment
- Non non, elle est pour vous.
Ca me perturbait qu'elle ne cesse d'alterner entre le tutoiement et le vouvoiement.
- On peut rester comme ça des heures alors que ce pauvre petit bout de gâteau n'attend qu'une chose : être mangé. Je le partage. »
Ca la fit sourire. Ca nous faisait un minuscule bout de gâteau chacune.
Je m'absentais aux toilettes pendant qu'elle payait l'addition.
J'avais reçu un message de Gabriel à 12h40 que je ne voyais que maintenant. « Tu dois encore être en train de bosser avec la femme de tes rêves alors on ne t'attend pas mais si t'as fini, rejoins nous à la cantine. Bisous et à toute à l'heure »
Il était vraiment gentil. J'en avais également reçu un de mélodie à 14h30 « ca dure longtemps la lecture de ce dossier! que ce passe t'il ? t'es pas morte j'espère.» Elle me faisait rire aussi. L'heure avait tourné à une allure folle. Il était 14h35. Cette fois ci je n'avais vraiment pas vu le temps passé tellement ma compagnie lors du déjeuner était excellente.
Je retrouvais Clarence à l'entrée de restaurant. Je la remerciais pour le déjeuner.
« - Il n'y a vraiment pas de quoi me rassura t'elle.
- Comment pourrais-je vous remercier ?
- En me retrouvant demain matin dans mon bureau à la même heure me lança t'elle avec un magnifique sourire. Cet après midi je dois travailler sur un de mes dossiers.
Je ne savais comment interpréter sa réponse. Pour elle, passer une matinée avec moi constituait un moyen de la remercier. Je ne savais pas quoi en penser.
On se séparait au premier étage puisqu'elle descendit de l'ascenseur et que moi je montais à celui du dessus pour rejoindre Gabriel et Mélodie dans la salle 248.
« - Hey, qu'est ce que tu faisais ? T'as vu l'heure? Tu arrives presque à l'heure de notre pause café. T'as fait quoi depuis ce matin? me questionna Gabriel.
- A peine arrivée, je suis harcelée, plaisantai-je
- On veut tout savoir. D'habitude quand on va voir les avocats ca dure dix minutes et ils nous jettent parce qu'on les dérange et toi tu restes avec Clarence pendant des heures.
- Ben c'est à cause du dossier, faut le reprendre en entier et il est très gros.
- Vous l'avez fini au moins. Vous avez quand même bossé dessus pendant plus de 5h.
- C'est vrai, on a travaillé de 8h30 à 13h30.
- Pourquoi t'es arrivé si tôt me demanda? Mélodie surprise.
- J'arrivais pas à dormir alors je suis venue plus tôt, c'est tout.
- Ca s'est bien passé. Tu n'étais pas trop gênée vis-à-vis d'elle ?
- Un peu au début mais elle était très professionnelle alors c'est vite passé.
- Au fait désolée pour ce midi de t'avoir laissé toute seule s'excusa Gabriel.
- T'excuse pas, je n'ai pas mangé seule.
- Ah ouais ? demanda Mélodie intriguée.
- Vu qu'on n'a pas arrêté et qu'on a finit très tard de travailler Clarence m'a invité au restaurant.
- Cette chance! S'exclama Gabriel. T'as déjeuné avec la bombe.
Mélodie lui donna un gros coup de coude dans le ventre ce qui me fit rire mais pas Gabriel qui m'avait l'air de bien souffrir.
- Hey du calme Mélo, je suis juste en train de dire que Clarence est belle, y'a rien de mal à ça, si?
- Il a raison m'amusai-je. T'y es allé un peu fort je crois.
Mélodie fit sa moue boudeuse puis elle embrassa Gabriel sur la joue pour se faire pardonner.
- Allé raconte repris Gabriel
- Tu veux savoir quoi ?
- Ben comment ça c'est passé avec l'élue de ton c½ur.
- Qu'est ce que tu me racontes to! N'importe quoi, c'est pas l'élue de mon c½ur.
- Ben tu la trouves mignonne.
- Toi aussi pas vrai ? T'es pas amoureux d'elle pour autant.
- Non mais moi c'est pas mon type idéal de fille.
- Normal puisque c'est moi affirma Mélodie d'un ton à la fois catégorique et amusé. Et comme l'a dit Coralie l'autre jour, on ne se ressemble pas vraiment.
- Oui ma chérie, c'est toi mon style de femme dit il en lui souriant d'une manière trop émouvante.
Il m'avait l'air amoureux le jeune Gabriel. Elle aussi d'ailleurs. Ca faisait plaisir.
- Et ça s'est bien passé poursuit il ?
- Très bien. C'est vraiment une femme très gentille. Elle m'a payé mon repas et tout.
- Et là, vous avez fini le dossier pour qu'elle te rende à nous? D'ailleurs tu pourras la remercier car tu nous manquais trop.
- Vous être trop gentils.
- Des amours, tu peux le dire ajouta t'il. T'as pas répondu à ma question. Vous avez fini ?
- Non, d'ailleurs elle m'a dit que pour la remercier de ce repas ca lui ferait plaisir que je la rejoigne demain matin dans son bureau. J'ai pas compris pourquoi elle m'a dit ça.
- Ben c'est simple, elle aime ta compagnie et elle le fait savoir. Tu lui as tapé dans l'½il, c'est clair affirma Gabriel.
- Tu dis des bêtises. Je suis sûre qu'elle est hétéro et qu'elle a dit ça comme ça.
- Je suis désolée mais moi je trouve ça ambigu enchaina Mélodie. Elle sait que t'es homo et elle se permet de te dire ça: c'est louche.
- Mais qui vous dit qu'elle sait?
- Sois pas naïve répliqua Gabriel. Tu l'as dit juste au moment où elle passait derrière toi. D'ailleurs elle a même entendu que tu aimais les châtains aux yeux bleus. Alors franchement, si elle t'a pas dit ça pour te faire comprendre qu'elle était intéressée moi je m'appelle plus Gabriel.
- Non mais vous vous faites des films vous.
- Je ne crois pas m'objecta t'il. Si elle avait voulu, elle aurait simplement pu te donner rendez vous demain sans te dire que cela serait ta manière de la remercier pour le restaurant.
Il était convaincant mais je ne pus m'empêcher de lui poser une dernière question pour qu'il me le confirme encore une fois.
- Tu ne crois pas qu'elle m'a dit ça uniquement pour que je ne me sente pas trop redevable et que je ne me sentes pas obligée de lui payer un restaurant à mon tour.
- Non je ne crois pas du tout. Franchement, si elle avait voulu que tu ne te sentes pas redevable elle t'aurait plutôt proposé que tu lui payes un café ou elle t'aurait demandé de lui rendre un petit service. Elle ne t'aurait pas dit que ca lui ferait plaisir de passer une autre matinée avec toi tu ne crois pas. »
En fait je ne pouvais y croire.
Après notre longue discussion la journée touchait à sa fin. On n'avait pas travaillé depuis mon retour ni pris de café. On était resté tous les trois dans notre bureau à parler. Si Brice savait ça, je crois bien qu'il nous passerait un savon.
Je suis rentrée chez moi la tête plein de questions. Je ne cessais de réfléchir à ce qui s'était passé avec Clarence dans la journée, à la réflexion qu'avaient tenu Gab et Mélodie. J'étais perdue.
Je décidai donc d'appelé Ryan pour avoir un avis supplémentaire. Je lui racontai mon histoire en entier afin qu'il ne me fasse part de sa pensée.
« - Je crois bien que tes amis ont raison Coco
- Alors toi aussi tu penses comme eux ?
- Ben d'après ce que tu me dis, ca semble être l'hypothèse la plus plausible.
- Mais peut-être qu'on interprète mal ses propos.
- Je crois pas mais attend de voir demain matin comment ça se passe. En tout cas t'as intérêt de me faire un compte rendu détaillé à chaque fois que tu la croises. Compris ?
- Ok Ryan. Bonne nuit mon petit frère préféré.
- Bonne nuit ma grande s½ur préférée.
Je n'avais pas envie de me coucher. Je me suis donc abrutie devant la télé durant des heures.
A 2h je pensais qu'il serait raisonnable d'aller me coucher sinon je serais épuisée le lendemain, mais je n'en avais pas du tout envie. J'allai me brosser les dents et me mettre en pyjama. Quand je revins sur mon canapé, chasse pêche et nature allait commencer. Je ne pouvais descendre aussi bas. Certes je n'avais pas envie de dormir mais de là à regarder cette émission, il ne fallait pas abuser. Je suis donc allé chercher mes dvd de L word de la saison 1 que j'avais déjà vu. C'était toujours mieux et puis je ne m'en rappellerais plus totalement de toute façon. J'en regardai un puis deux, puis trois. A 5h je culpabilisais. Mes paupières se fermaient toutes seules mais ce serait une mauvaise idée d'aller me coucher. Je ne pourrais pas me réveiller le lendemain. Je me fis un café très serré et regardai le quatrième épisode de la saison.
A 6h j'allai prendre un bain pour me relaxer. Le stress apparu progressivement plus l'heure de mon rendez-vous avec Clarence approchait.
J'étais prête encore plus tôt que la veille mais je ne parti quand même pas de chez moi. Je ne voulais pas qu'elle croit que je n'avais qu'une envie, la retrouver. Je décidai d'arriver pour 9h.
J'arrivai même à 9h15. Je m'étais assoupie sur mon canapé peu de temps avant de partir.
Elle n'avait pas commencé à travailler sur notre dossier bien que je la suspectais d'être déjà là depuis 8h30 comme la veille. D'ailleurs était-ce peut être l'heure qu'elle à laquelle aurait voulu que j'arrive moi aussi.
« - Bonjour Coralie, comment allez vous ce matin ?
- Très bien, merci. Je suis vraiment désolée pour mon retard.
- C'est vrai que 45 minutes ce n'est pas rien me lança t'elle avec un sourire malicieux.
- Nous n'avions pas rendez-vous à 9h? Je croyais vu que c'est mon heure normale d'embauche.
- Je croyais que vous arriveriez plus tôt me précisa t'elle.
Je percevais une petite déception sans voix.
C'est qu'elle allait me faire culpabiliser si elle continuait. J'étais toute gênée.
- Je vous ai pris un chocolat. Il est sur mon bureau ; allez le boire avant qu'il ne soit trop froid.
- Merci beaucoup.
Elle alimentait encore d'avantage mon sentiment de culpabilité et je me demandais même si elle ne le faisait pas exprès. Elle était si gentille avec moi, je pourrais même dire aux petits soins. Qu'avais-je fait pour mériter ça?
- J'ai remarqué que vous ne buviez pas de café.
- C'est vrai affirmai-je. Vous devez me prendre pour une vraie gamine entre ça et le jus d'abricot d'hier.
Elle sourit.
- Loin de moi cette idée ironisa t'elle. »
Je me demandais vraiment comment cette femme pouvait me porter un quelconque intérêt, si elle m'en portait d'ailleurs car ce fait n'était pas avéré malgré les dires des mes amis et de mon frère. Elle était si distinguée, si raffinée, si femme. A côté d'elle je paraissais être encore une étudiante pas tout à fait adulte.
On se remit au travail. Les feuilles étaient éparpillées sur le bureau, on ne s'y retrouvait presque plus.
« - Est-ce que vous voyez le procès verbal de Mr Lemareck dans tout ce fouillis ? me demanda Clarence.
- Je l'ai vu tout à l'heure, il doit être par là lui répondis-je en pointant mon doigt vers la partie gauche du bureau, c'est-à-dire de son côté.
Elle regarda dans la direction que je lui montrais mais ne semblait pas le voir.
- Ah, je crois que je l'ai trouvé m'écriai-je.»
Je me levais de mon siège pour l'attraper mais elle du également apercevoir la feuille puisqu'elle eu le même réflexe que moi.
Nos mains s'effleurèrent à proximité du dossier. Je me retirai immédiatement. J'avais reçu comme une décharge électrique de bonheur dans tout mon corps. Je n'aurai jamais cru qu'un simple contact entre nos mains auraient produit sur moi un tel effet. Pour la première fois je pu percevoir une gêne chez Clarence.
D'habitude, lorsqu'elle me faisait des petites réflexions ambigües, elle avait l'air de dominer la situation, de savoir exactement ce qu'elle faisait. Là, ce qui venait de se passer n'était en rien calculé. Nous fûmes toutes deux surprises.
Elle m'abandonna prétextant une envie pressante. Je ne savais vraiment pas quoi penser. La situation avait du la troubler elle aussi.
Je me retrouvais seule dans son bureau à ne savoir que faire. Je ne parvenais pas à me repencher sur le dossier. Ce contact m'avait perturbé plus que de raison. Je décidai alors de m'absenter pour rejoindre Gabriel et Mélodie.
Je me dépêchai d'aller les rejoindre pour revenir le plus vite possible.
« - Salut les amis! m'exclamai-je en rentrant dans notre petite pièce. Ils étaient tous deux à leur bureau, travaillant consciencieusement.
- Coucou Coralie me répondirent ils simultanément.
- Tu fais une drôle de tête, se soucia Garbiel.
- Qu'est ce qu'il se passe? ajouta Mélodie.
- J'ai pas beaucoup de temps mais j'avais vraiment besoin de vous parler. Il s'est passé quelque chose et je ne sais vraiment pas quoi en penser.
- Ta vie s'est un véritable roman fleuve me lança Gabriel sur le ton de la plaisanterie.
J'avais le ventre noué, je ne trouvai rien à lui répliquer. Ca ne me faisait pas rire vu les circonstances.
- J'ai besoin d'un conseil, vous pouvez être sérieux deux minutes s'il vous plait.
Ils acquiescèrent.
- On travaillait tranquillement avec Clarence lorsqu'à un moment on s'est mise à chercher un papier important sur le bureau. On l'a trouvé toutes les deux en même temps et au moment de l'attraper nos deux mains se sont touchées leur racontai-je.
- Et alors? me questionna Gabriel.
- Ca fait quoi? enchaina Mélodie.
- Ben, je crois qu'on était gêné toutes les deux. Juste après elle est partie aux toilettes. Je voulais savoir ce que vous en pensiez.
- Je sais pas trop quoi te dire me dit il hésitant. Tu crois vraiment qu'elle était gênée elle aussi ?
- Ben si elle ne l'était pas elle jouait bien la comédie alors.
- Ca confirme ce qu'on pensait hier affirma Mélodie.
- Ouais, c'est vrai insista Gabriel.
- C'est ce que je me disais mais d'un autre côté j'ai peur de me monter la tête pour rien.
- Et si ce n'était pas rien me rassura Gabriel. Faudrait qu'on voit son comportement vis-à-vis de toi qu'on puisse en juger nous aussi. Ca serait certainement plus objectif.
- Bon je dois vous laisser, elle va se demander ce que je fou.
- Ok Coralie. Mais on mange ensemble ce midi?
- Je ne sais pas encore. Appelle-moi dans une heure. Je me permettrais de décrocher et je te dirai ça.
- Ca marche, à tout à l'heure. »
Je redescendis retrouver Clarence. Elle se trouvait assise à son bureau. Elle me jeta un coup d'½il quand j'entrai dans la pièce.
« - Vous vous êtes accordez une longue pause dites moi plaisanta t'elle. »
Elle s'était ressaisie à ce que je voyais. Elle n'avait plus du tout l'air gênée, bien au contraire. Elle me donnait l'impression de vouloir mener la danse à nouveau.
On reprit notre travail je faisais à présent très attention au moindre de mes gestes.
Elle le remarqua.
- Vous avez peur qu'on se frôle à nouveau? Vous m'avez l'air bien tendue se permit-elle d'une manière totalement décomplexée.
Et encore une petite réflexion équivoque! Mais à quoi jouait-elle? Maintenant j'étais quasiment sûre qu'elle savait que j'étais homo.
Elle me cherchait ou quoi? Il fallait que je lui réponde pour ne pas perdre la face mais je n'avais aucune idée de ce que je pouvais bien lui dire.
- De quoi vous parlez ? lui demandai-je lui donnant l'impression que j'ignorais totalement de quoi elle pouvait bien parler.
- Vous savez bien.
- Non je ne vois pas du tout lui rétorquai-je convaincue. »
Cette fois ci c'est moi qui menais la danse. Je voyais bien que ça la perturbait. Elle ne répondit rien.
Durant l'heure qui suivi on travailla chacune de notre côté sans s'adresser la parole une seule fois.
Ni elle ni moi n'osait briser ce silence qui était pourtant insupportable.
A 12h30 mon téléphone sonna. J'avais complètement oublié que Gabriel devait m'appeler.
« - Je vous en prie, décrochez m'autorisa Clarence.
- Allo ma chérie, cria bien fort Gabriel. Tu viens déjeuner avec nous ou tu manges avec ta belle. »
Qu'est ce qu'il était bête! Je suis sure que Clarence l'avait entendu tellement il avait parlé fort. J'avais trop honte.
Je venais tout juste de réussir à reprendre confiance en moi devant Clarence et à ne pas rentrer dans son petit jeu et voilà que Gabriel venait de tout gâcher en un seconde. J'avais envie de l'engueuler mais je ne me le permettais pas devant Clarence.
J'osais un regard en sa direction et je la surpris en train de sourire. Elle affichait une mine radieuse. Cela contrastait fortement avec celle qu'elle avait durant tout à l'heure précédant le coup de téléphone.
Etait-ce parce qu'elle avait entendu les propos de Gabriel? Je m'interdisais quelque conclusion trop hâtive.
« - Je sais pas répondis-je à mon interlocuteur. On n'a pas finit le dossier.
A ce moment là Clarence me tapota sur le bras :
- Tu peux y aller me chuchota t'elle. Reviens dans mon bureau à 16h. Avant je suis en rendez vous avec un client et j'enchaine avec une réunion.
Elle était repassée au tutoiement. Je me demandais bien pourquoi.
- Gabriel, Clarence vient juste de me dire qu'elle me libère pour le déjeuner. Vous n'avez qu'à passer me chercher devant son bureau.
Je remarquai qu'elle avait encore changé d'expression faciale. Que s'était il passé ?
- Ok, on descend, à tout de suite. »
Je venais de comprendre, je l'avais appelée Clarence au téléphone. Elle aurait surement préféré que je dise Me Ferté.
C'est vrai que ce n'était pas très correct de ma part, surtout que quand je m'adressais à elle, je ne l'appelais jamais ainsi. D'ailleurs je m'arrangeais toujours pour ne pas avoir à l'appeler.
Deux minutes plus tard mes deux camarades frappaient à la porte.
« - Bonjour maitre, s'exclamèrent Mélodie et Gabriel.
- Bonjour leur répondit-elle
- Tu viens? me lança Gabriel
- Oui j'arrive. Je suis désolée de vous abandonner en plein travail, m'excusai-je.
- Il est 12h30, vous avez bien le droit de prendre votre pause déjeuner. Je ne vais quand même pas vous séquestrer tous les jours plaisanta t'elle.»
Elle avait repris confiance en elle, ca se sentait. J'étais contente car je ne voulais pas que nos relations se dégradent à cause de moi. Je ne souhaitais pas lui montrer qu'elle m'intéressait mais je ne voulais pas non plus qu'elle croit que j'en n'avais rien à faire car s'il y avait une chance pour qu'il se passe quelque chose entre nous, j'avais très envie de la saisir.
Il fallait que je trouve le juste équilibre entre la gêne que j'affichais à chacune de ses réflexions ambigües et ma mauvaise foi de tout à l'heure. Ca me paraissait compliqué mais il fallait bien que j'y arrive pourtant, sinon elle continuerait à me faire tourner la tête ou pire elle cesserait carrément son petit jeu et je me retrouverais au point mort.
Arrivés au self on s'installa à notre table habituelle dans le recoin isolé.
« - Qu'est ce qui t'as pris de me hurler au téléphone si je mangeais ou non avec MA BELLE ? demandai-je énervée à Gabriel tout en essayant de ne pas parler trop fort pour ne pas nous montrer en spectacle.
- Euh... quoi ?
- Fais pas l'innocent. J'étais trop mal moi.
- J'ai pas hurlé d'abord.
Mélodie ne disait rien. Elle ne prenait pas la défense de son petit copain donc on compris lui et moi qu'elle était de mon avis mais qu'elle l'osait se mettre en nous.
- Bon ok les filles, j'ai loosé, désolé.
- Désolé? grondai-je. Tu crois que ca suffit.
- Tu veux que je fasse quoi?
- Rien ! pffffff
- Elle t'a fait une réflexion ? me questionna Mélodie.
- Non, mais elle a sourit.
- C'est vrai? s'exclama Gabriel
- Ben ouais puisque je te le dis répliquai-je. Je commençais à me calmer.
- Mais c'est génial ça.
Il avait la banane.
- Après je suis pas sûre que c'était pour ca.
- Comment ça t'es pas sûre ? Tu crois vraiment qu'elle souriait en lisant le cas de son client qui a tué sa femme et ses quatre enfants en leur tranchant la gorge ?
- Il a raison Coralie, coupa Mélodie qui prenait part pour la première fois à la conversation.
- Ouais c'est vrai que présenté comme ça, ca rend la chose plus évidente. Elle a donc sourit à cause de ce que tu as dit.
- Alors là vraiment, si t'as encore des doutes sur le fait qu'elle s'intéresse à toi c'est que tu portes des ½illères ma petite Coco s'exclama Mélodie.
- Tu peux même me remercier ajouta Gabriel. Grâce à moi, on est fixé.
- La ramène pas trop lui lançai-je le sourire aux lèvres.
- Tu me pardonnes ? me demanda t'il avec sa tête de Potté
- Je sais pas plaisantai-je.
- Ben ça te dit que je t'offre un verre après le taf ?
- D'accord mais je resterais pas trop longtemps car il faut que je sois en forme demain.
- Tu fais quoi demain ?
- Ben euh, je bosse hésitai-je comme si j'allais dire une bêtise.
- Tu cumules les emplois toi ? ben dis donc, t'es une super woman !
- ...
- On est vendredi ma poulette, toi t'es complètement à la masse se moqua t'il. »
Lui et Mélodie ne cessèrent de me taquiner durant tout le repas. Et cela dura aussi tout l'après midi jusqu'à mon rendez-vous avec Clarence.
Je finis par leur avouer qu'elle me plaisait beaucoup, ce qu'ils avaient compris depuis bien longtemps mais le fait de m'exprimer, de me confier me faisait du bien. D'ailleurs ils me remerciaient de la confiance que je leur portais. C'était bien normal et en plus ils me permettaient d'y voir plus clair et de me donnaient des conseils.
- Cet aprèm tu la joues neutre, ok ? me recommanda Gabriel.
- Je sais pas trop comment je vais m'y prendre mais je vais faire de mon mieux, je te promets. Tu seras fière de moi papa plaisantai-je.
- Allé, file ma fille. »